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  • [J'ai vu] : Dheepan

Hello, hello !

Je vous reviens aujourd’hui avec un article cinéma qui me tiens beaucoup à coeur !
Je m’explique : ça fait des mois – depuis ma petite aventure Cannoise en fait – que je crève d’envie de voir Dheepan, ce film qui a remporté avec brio la Palme d’Or cette année. Alors oui, Cannes j’y était mais seulement durant la première semaine (merciiii les examen qui tombent en plein festival RRHHHH)… et forcement Dheepan était projeté après mon départ 😔
Bref, je voulais à tout pris me rattraper et j’ai donc filé en vitesse au cinéma le jour de sa sortie.
Le moins qu’on puisse dire, c’est que la Palme d’Or attribué à Dheepan est amplement mérité ! On en parle ? 😉

Dheepan

De quoi ça parle ? 

Dheepan est un combattant de l’indépendance tamoule, un Tigre.
La guerre civile touche à sa fin au Sri Lanka, la défaite est proche, Dheepan décide de fuir. Il emmène avec lui une femme et une petite fille qu’il ne connaît pas, espérant ainsi obtenir plus facilement l’asile politique en Europe.
Arrivée à Paris, cette « famille » vivote d’un foyer d’accueil à l’autre, jusqu’à ce que Dheepan obtienne un emploi de gardien d’immeuble en banlieue.
Dheepan espère y bâtir une nouvelle vie et construire un véritable foyer pour sa fausse femme et sa fausse fille.
Bientôt cependant, la violence quotidienne de la cité fait ressurgir les blessures encore ouvertes de la guerre.
Le soldat Dheepan va devoir renouer avec ses instincts guerriers pour protéger ce qu’il espérait voir devenir sa « vraie » famille.

Ce que j’en ai pensé :

Je pense que ça va être très compliqué de m’exprimer à propos de ce  film.
Tout simplement parce que, ne nous le cachons pas, Dheepan traite de sujets déjà très sensibles (la guerre, l’immigration, les cités malfamées), mais Audiard a réussi également à lui donner une dimension plus onirique ; une fable somme toute traitant du besoin de se reconstruire dans un milieu que les personnages rêvent plus paisible que le climat de guerre et de terreur véhiculé par les Tigres Tamouls au Sri Lanka, mais qui au fond ne l’est pas tant que ça.
Dès le début, on ne nous épargne rien avec ce plan sur des cadavres mis au bûchet, et Dheepan en combinaison militaire touché par balle à la jambe : le contexte est installé, c’est la guerre et le personnage masculin n’est visiblement pas du bon camp. On continue ainsi en nous présentant Yalini, désespérément à la recherche d’un enfant orphelin afin d’être éligible à l’immigration. Elle trouvera la jeune Illayaal, et la fera passer pour sa fille et dans l’histoire Dheepan deviendra quant à lui le faux patriarche.

Dheepan 1

Une « famille » qui n’en a donc que le nom, mais qui oblige les personnages à se lier les uns aux autres, malgré les ambitions de chacun de vivre une vie tranquille, sans enfant à charge, sans famille à loger, à nourrir, bref chacun de son côté !
C’est déjà une grande partie de cet onirisme installé par Audiard. Un des combats du film se joue justement entre les rêves des deux adultes : Dheepan veut d’obtenir des papiers en bonne et due forme et avoir une situation stable, tandis que Yalini elle n’ambitionne que de rejoindre sa cousine en Angleterre, même si cela suppose d’y aller sans papiers, et de laisser la jeune Illayaal seule, alors que c’est elle même qui l’a « adopter ».
En soit la situation même de cette « famille » est palpable puisqu’on nous fait bien comprendre qu’ils n’ont aucun atomes crochus, qu’ils ne vivent ensemble que par pûre praticité et par pseudo-respect de la légalité, et qu’ils n’auraient aucun mal à se laisser les uns les autres.
Seule Illayaal amène un peu d’espoir quant à l’avenir de cet « arrangement », puisqu’elle est celle qui les prendra véritablement comme autorité, comme repères, bref, comme parents. Elle sera celle sur qui tout espoir est misé puisque elle à encore une chance de devenir quelqu’un, d’apprendre le français de façon « normale » pour son âge, de continuer des études et de se construire comme une enfant lambda (si on oublie bien évidement le cadre familial, un secret qui lui pèsera bien évidement beaucoup).

Dheepan 5

Voyez un peu déjà la difficulté d’intégrer de pareils éléments 🙂 Mais ce n’est que la partie visible de l’iceberg j’ai envie de vous dire !

L’autre sujet principal étant cette guerre que les personnages ont tenté de fuir, mais qui semble les poursuivre jusque dans la cité dans laquelle l’immigration les a relogé. Audiard nous fait ressentir un danger de plus en plus préçant, et qui prend racine jusque dans la personne de Dheepan, qui fait ressortir tous ces plus bas instincts qu’il avait jusqu’alors laissé avec les Tigres Tamouls (ou tout du moins c’est ce que nous pensions).
La peur s’enracine aussi profondément du coté des deux personnages féminins : peur du regard des autres, peur de la barrière du langage, peur d’être leurré, peur de ne pouvoir vivre une vie rêvée pour Yalini ; et peur du rejet, de l’abandon, du manque de perspective, du manque d’amour en ce qui concerne Illayaal.
Dheepan 4Mais au dela de ces peurs, sommes toutes plutôt humaines, on trouve celle véhiculée par des dealers armés qui font très clairement la loi dans la cité et qui instaurent et nourrissent cette sensation de peur, de danger et ce besoin de fuir, encore une fois.
Bien entendu, je parle de sensations, mais les évènements relatés deviennent peu a peu beaucoup plus durs, beaucoup plus complexes et surtout bien plus visibles et explicites : un ancien commando Taboul qui cherche à continuer la guerre depuis la France (très peu exploité ce qui est dommage), des violences, des fusillades, un homme rongé par son passé en la personne de Dheepan, et dont l’image rendue à l’écran est absolument stupéfiante… Jusqu’à l’irréparable qui conduira à des scènes d’une violence assez inoue.

Il faut bien se l’avouer, le personnage de Dheepan, qu’on pourrait considérer comme « mauvais », « méchant », nous apparait tellement humain et tellement attaché à certaines valeurs nouvelles chez lui après une guerre vaine, qu’on en devient au final un peu perdu, on se pose des questions… Est-il bon, ou mauvais ? Ce qu’il fait, est-ce bien ou mal ? Je suis encore tiraillée face à ce personnage si complexe, qui devient véritablement une bête sauvage durant la dernière demie-heure de film, comme si c’était sa vraie nature et qu’il l’avait trop longtemps refoulée. Je pense que je dois encore réfléchir sur le sujet, et peut-être revoir le film pour le comprendre.

Dheepan 6

Tout ça pour vous expliquer un ressenti à propos d’un film qui – vous l’aurez compris – et extrêmement complexe… Mais c’est ce qui fait sa force et le rend si poignant.
J’aimerai maintenant vous donner mon avis quant aux acteurs. Là encore, vous l’aurez compris, les rôles sont eux aussi relativement compliqués et je n’imagine même pas ce qu’on dû vivre les acteurs durant le tournage sur un plan psychologique… Des acteurs qui en fait cachent bien leur jeu !
En effet, Audiard a choisi des comédiens non-professionnels pour camper les rôles de Dheepan, Yalini et Illayaal. Et ce qu’il y a de particulier à noter, c’est que Antonythasan Jesuthasan, qui incarne le père de famille, Dheepan, est justement un ancien armé Tamoul. Pas étonnant donc de sentir toute cette âme et tout ce vécu à l’écran !
Quoi qu’on puisse penser du film, il est certain que ces acteurs sont grands, bourrées de talent et surtout de sincérité, une sincérité qu’on ne peux manquer tant leur jeu est beau.

Dheepan 3

On retrouve également Vincent Rottiers, dans le rôle du « big boss » de la cité, celui tout juste sorti de prison auquel on obéis au doigt et à l’oeil si on veux continuer de respirer, si vous voyez ce que je veux dire 😉 Et là encore, grosse surprise ! Puisque ce personnage est mauvais, là on doit se l’avouer… Mais il subsiste tout de même un coté de sa personnalité qui nous fait espérer et qui nous fait nous dire « Pourvu qu’il arrête les conneries et qu’il s’en sorte, c’est pas un si mauvais bougre ! »… Après je ne vous dirais bien évidemment pas si cela arrive ou pas !

Du coté réalisation, que dire à part que ce film est magnifique ? Les plans sont pensés avec une intelligence incroyable, et le rendu de certaines scènes est juste stupéfiant, notamment cette FAMEUSE dernière demie-heure qui est filmée à la façon d’un jeux vidéo. Quelque chose d’assez déstabilisant quand y est confronté pour la première fois, mais qui prend tout son sens dans ce film-ci.
Audiard a ce talent de rendre une image belle, un pauvre bibelot qui parait sans importance prend alors sa place de façon incroyable, mais au delà de cela, il arrive à frapper l’esprit de son spectateur de manière tout à fait déroutante !

Et comme d’habitude, on termine sur un bémol, parce qu’il en faut bien un… Celui-ci en avait déjà fait bouder un certain nombre à Cannes : cette fin sous forme de happy-end. Et là, oui je suis obligée de le dire, mais moi non plus je n’y ai pas accroché.
Après une scène absolument hiératique on se retrouve dans une représentation  devenue « réelle » du rêve le plus cher de Yalini. Une fin peut-être trop facile comparé au reste du film et qui a fait jasé quant à sa signification : un léger « merde » à la France comme ont pu le scander les plus déçus 😉

Vincent Rottiers, Marc Zinga, Kalieaswari Srinivasan, Jacques Audiard, Claudine Vinasithamby, Jesuthasan Antonythasan - Photocall du film "Dheepan" lors du 68ème festival international du film de Cannes le 21 mai 2015.

En bref, c’est un film que j’ai vraiment beaucoup apprécié ! Certes il traite de sujets plutôt durs, mais c’est ce qui lui donne cette force incroyable. Ajoutez derrière la caméra un Jacques Audiard brillantissime, et voilà Dheepan, et la Palme d’Or qui va avec.
Alors évidemment ce n’est pas un film que je vous conseillerai si vous souhaitez passer un moment rigolo hein. C’est un film plutôt intense qui requiert beaucoup d’attention et un oeil assez aguerrit pour pouvoir l’apprécier pleinement 😊

Enfiiiiin nous y voilà, la fin de cet article interminable ! Ça faisait bien longtemps que je n’avais pas passé mon après midi sur un article cinéma ^^’
Cela dit j’espère que vous avez tenu jusqu’ici, et que mon ressenti n’a pas été trop « fouilli », mais comprenez bien que s’exprimer sur un monstre pareil, c’est sacrément difficile, et je laisserai bien volontiers la tache aux professionnels, aux vrais 😉
En attendant je vous invite grandement à regarder la bande-annonce du film qui est vraiment très très bien faite !

→ La bande-annonce ICI.

Et vous ? Vous avez entendu parler de Dheepan ? Vous comptez le voir ? Dites-moi tout ça en commentaires ! 🙂

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Comments

  • auroreinparis

    Written on 31 août 2015

    Clairement si je n’avais pas déjà vu le film, je courrais au cinéma ! Cependant je n’ai pas ton enthousiasme, malgré une réalisation parfaite, une mise en scène et une direction d’acteur fabuleuse, et quelques scènes lumineuses, j’ai trouvé le propos brouillon et un peu vain.

    Répondre
    • myredcarpetbys

      Written on 1 septembre 2015

      Oui en effet j’ai vu ça dans ton billet ! On ne peut pas toujours tous être sur la même longueur d’ondes, le ressenti est propre à chacun, c’est justement ce qui est intéressant 😉

      Merci pour ton commentaire 🙂

      Répondre

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