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  • Mon Roi avp

Hello mes Carpettes ! 

Vous aurez une fois de plus constaté cette semaine sur mes réseaux sociaux que j’ai pu participer Mardi dernier à l’avant-première du nouveau film de la talentueuse Maïwenn. Un film qui avait déjà secoué la croisette lors du dernier Festival de Cannes, raflant le prix de la meilleure interprétation féminine, et que j’attendais avec une telle impatience que j’en devenais presque folle !
Vous l’aurez deviné, il s’agit donc de Mon Roi ; et cette attente de presque 6 mois a été très peu chère payée quand j’ai enfin pu voir cette merveille, un mois avant sa sortie officielle en salles.

Mon roi

De quoi ça parle ? 

Tony est admise dans un centre de rééducation après une grave chute de ski. Dépendante du personnel médical et des antidouleurs, elle prend le temps de se remémorer l’histoire tumultueuse qu’elle a vécue avec Georgio. Pourquoi se sont-ils aimés ? Qui est réellement l’homme qu’elle a adoré? Comment a-t-elle pu se soumettre à cette passion étouffante et destructrice ? Pour Tony c’est une difficile reconstruction qui commence désormais, un travail corporel qui lui permettra peut-être de définitivement se libérer…

L’avant-Première :

Mon roi avp

Alors cette avant première était un peu particulière dans la mesure ou l’organisation n’était pas tout à fait la même que d’habitude à l’UGC de Lille. Un nouveau dispositif a été mis en place, découpant l’avant première comme suit : la projection du film, l’intervention d’une journaliste spécialisée en cinéma face à la réalisatrice (une Masterclass), et enfin, les questions des spectateurs.
Un changement plutôt intéressant qui laisse vraiment place à l’aspect « pro » je dirais, et qui se mêle assez bien dans un second temps avec le ressenti des personnes présentes dans la salle.
C’est également un format plus long, mais qui permet vraiment d’en apprendre bien plus sur la réalisatrice, le tournage, les acteurs, etc.
Puis c’est clairement plus pratique pour moi également, qui n’ai plus qu’à vous retranscrire les questions posées durant cette masterclass (mais faut pas croire, c’est long de taper 40min d’interview 😛), des questions et surtout des réponses plus que complètes comme vous pourrez le constater !
Je vous encourage donc grandement à vous munir, d’un bon en-cas puisque ça va durer un moment ! Et si toutefois vous ne venez ici que pour mon avis sur le film, je vous conseille de passer directement à la partie concernée en bas de page 😊

L’interview

mon roi avp

• Avez vous hésitez entre plusieurs films après Polisse ? Aviez-vous d’autres opportunités ?

Des opportunités non, mais j’ai pensé à plusieurs films. J’attendais de me retrouver dans la même situation que sur Polisse, c’est à dire d’attendre un coup de foudre comme ça s’était fait sur mes précédents films. Mais le soucis c’est que des coups de foudres j’en avais pleins, 1, 2, 3, 4, 5 par semaine, j’écrivais, des pages et des pages et j’avais des coups de foudres. Mais je me suis rendue compte que le soucis c’est que je me lassais. Alors je me suis dit, qu’il fallait procéder d’une autre façon, il faut pas attendre un miracle, il fallait réfléchir à mes rêves et j’avais ce rêve de faire ce film.
J’avais envie, mais à la fois j’avais toujours eu peur de le faire parce que j’avais peur d’écrire un couple qui tombe amoureux, surtout cette partie là, le fait de tomber amoureux, parce que je trouve que le bonheur au cinéma c’est très vite mièvre et je me sentais pas les épaules pour écrire cette partie là. Alors que toute la partie ou les personnages étaient en conflit me faisait moins peur.
Et puis un jour je suis tombée sur un livre sur les douleurs du corps, et j’ai ouvert le livre au mot « genoux ». Et la phrase c’était à peu près comme dans le film, c’était que c’est la seule partie du corps qui plie vers l’arrière, donc c’est la seule partie du corps qui est liée au passé.
J’ai trouvé ça ridicule au début, et finalement c’est resté dans ma tête et ça a fait son petit bonhomme de chemin et puis d’un coup je me suis dit que j’adorerai faire un film sur quelqu’un qui doit se soigner le corps. J’avais deux envies très très fortes, et souvent je me dis « et bien il faut mélanger les deux ».
Donc là ce n’était en l’occurence peut-être pas un coup de foudre, mais plus un amour à long terme, qui m’a eue à l’usure. Le coup de foudre ça a plus été cette inspiration sur ce livre, sur le genoux, sur les douleurs…

• Votre co-scénariste (Etienne Comar) a dit que dans les premières versions du scénario Tony était moins combattante et qu’au fur et à mesure que vous écriviez ensemble c’était devenue une guerrière…

Je ne me souviens pas de ça dans ces termes là… Non, ce qui est sur c’est qu’il y a quelque chose qu’on a écrit sur le scénario qui n’est pas passé sur le tournage et au montage ; c’est que Tony avait un côté très hystérique à l’écriture et je pensais que son hystérie allait donner un coté très dramatique au personnage. Et en fait je me suis rendue compte que ce qui est hystérique et dramatique chez une femme ne l’est pas forcement chez une autre, on ne peut pas calquer comme ça les traits de caractère d’une femme à l’autre. Et chez elle en fait, dès qu’elle était trop hystérique, trop en souffrance, on avait juste l’envie de lui dire « Mais t’es chiante en fait, c’est normal qu’il se casse ».
Et du coup je ne voulais pas changer le point de vue, je ne voulais pas que le spectateur tout d’un coup ait de l’empathie pour Giorgio. Je pense que j’ai mis longtemps au montage à trouver mon point de vue et mon empathie de manière équilibrée.
Et ne je voulais pas que Tony soit aussi l’éternelle pleurnicharde, donc j’ai gommé au montage toutes les scènes ou elle était très à chaud.
Je pense que j’ai encore appris quelque chose de nouveau au cinéma, c’est que plus c’est retenu, plus il y a des chances qu’on prenne le personnage à notre cause… Et plus c’est dit, stabiloté, crié, etc, moins on a de chance que le spectateur soit avec nous.

• Avec votre co-scénariste est-ce qu’il vous arrivait de ne pas être d’accord sur les réactions des personnages, entre Tony et Georgio ? Est-ce qu’il arrivait que l’un prenait le parti de Tony et l’autre le parti de Georgio ? 

Non, en revanche on avait ce truc là sur le tournage avec Vincent Cassel. Il était sans arrêt en train de défendre Georgio. Je me souviens d’une fois par exemple ou il disait « Mais qu’est ce que c’est que ce procès que vous faites à Georgio sur le fait qu’il aime les belles femmes ? Je veux dire c’est le cas de chaque homme, c’est normal. ».
Y’a des fois il n’avait pas envie de jouer des scènes où il était trop un salaud, il avait du mal.
Mais au début il trouvait son personnage beaucoup plus un salopard qu’après sur le plateau, alors que je n’avais rien changé. En fait il s’était tellement approprié le personnage, il était tellement rentré dedans que Georgio c’était lui.

• Est-ce qu’il y avait ce genre de débat aussi avec Emmanuelle Bercot ? 

Ah oui, tout le temps ! Surtout avec moi, elle c’est pas trop le genre à polémiquer.

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• On a un peu l’impression qu’il n’y avait que Vincent Cassel pour incarner avec autant de charisme un personnage aussi complexe… Est ce que c’est facile de diriger un espèce de grand fauve comme lui ? 

Alors oui. Oui, parce que je trouve vraiment que c’est un génie, je me suis vraiment éclatée à le filmer, éclatée à le diriger. Il est toujours inventif, toujours très très concentré. Mais concentré pas comme on le pense, c’est à dire que ce n’est pas le genre d’acteur qui va s’enfermer dans sa caravane, à faire du yoga et tout. Pas du tout. Il ne quitte jamais le plateau, il sort des vannes toute la journée, il nous empêche parfois même de travailler tellement il veut nous faire rire… Ça c’est le coté facile à diriger !
Et dans le coté pas facile, c’est que c’est quand même une star, qu’il est très occupé et très très pressé, mais à un niveau, vous n’avez même pas idée !
C’est à dire que quand je faisais trois prises et que c’était bien il disait « Quoi ? On la refait ? » et moi je disais, « Oui, on la refait parce qu’on peut tourner mieux. On est là, on est dans les temps donc c’est bon. »… En sous texte ça voulait dire « Bon c’est bon t’as pris ton chèque donc tu vas rester ! ».
Et aussi le fait, comme il le dit avec beaucoup de gentillesse à l’équipe, qu’il a un avion privé, un tournoi de surf, ses enfants qu’il aimerai bien aller chercher à 16h30… Il le fait très habillement, jamais à moi directement, c’est toujours aux assistants, donc les assistants viennent me voir pour me demander si par hasard on ne pourrait pas finir plus tôt… Alors que lui est à deux mètres de moi hein !
Donc ça c’est un peu oppressant et il faut un peu faire le dictateur sur le plateau et bien rappeler qu’il est engagé sur le film sur tels et tels horaires. L’équipe était acquise, sous le charme de Vincent, et ils essayaient de lui faire plaisir, comme s’il bossait gratos en fait !
Donc s’il était facile à diriger… Oui et non ! Mais vous savez, ça n’a rien à voir avec le fait qu’il soit star ou pas star, je pense que Vincent, y’a 20 ans il était pareil.
Et Emmanuelle ce n’était pas une star mais elle était très compliquée à diriger parce qu’elle était très renfermée, j’avais l’impression qu’elle faisait la gueule tout le temps alors qu’elle me disait que non, elle était juste concentrée. J’avais l’impression qu’elle n’était pas heureuse d’être là.

• Et vous essayiez parfois de casser un peu cette concentration, de lui faire comprendre qu’elle était là ?

Ah mais ça non, je ne pouvais pas lui reprocher de ne pas être là ! Elle était là, elle était même trop là ! Par exemple quand je disais « Tu vas aller faire cette scène là », elle me disait « Ah non c’est pas possible parce que la scène d’avant j’ai pas ce T-Shirt », et moi je réalisais que oui, effectivement. Elle connaissait tout par coeur, elle était même plus au courant que la script, la régisseur… Elle était trop proche de la technique, des caméras, de la fabrication du film.
Et un jour j’ai vu passer un cahier à elle, un cahier rempli, toutes les pages, chaque ligne, de notes manuscrites. Ça m’a fascinée ; avec des photocopies de livres, des passage surlignés… Et je me disais, « Mais qu’est-ce que t’as pu écrire ? », elle me répondait « Ah mais c’est mes notes. ».
Et ce qui est marant c’est que Vincent arrivait le matin, et disait « Alors qu’est-ce qu’on fait aujourd’hui ? » et je lui disais « On va tourner la scène ou tu lui dis que tu vas prendre un petit appart’ alors qu’elle est enceinte de 8 mois. »… La réponse : « Ah bon elle est enceinte de 8 mois ?! ». Des fois je me disais que c’était pas possible, qu’il n’avait pas lu le scénario !
Donc il y en avait un qui se foutait une telle pression qu’il écrivait toute la journée pour, je pense, canaliser ses angoisses, et puis l’autre qui carrément avait, délibérément peut-être, oublié le scénario pour être encore plus frais. Et c’est deux façons de se concentrer à l’opposé l’une de l’autre.

• Vincent Cassel disait que vous mimiez beaucoup les scènes et que parfois il avait l’impression de travailler avec Charlie Chaplin, c’est vrai ça ?

Alors oui, en fait il me faisait flipper Vincent parce que comme il est pressé, quand il demande à ce qu’on le dirige, il veux, ou tout du moins il vous fait sentir qu’il veut une réponse très courte ! Je ne suis pas très bavarde, mais ça m’oppresse quelqu’un qui me dit ça, du coup plutôt que de passer par la réflexion etc, et bien je vais au plus vite et je mime. Donc je montrais ce que j’avais envie d’obtenir… Et il détestait ça ! Mais parfois c’est un gain de temps aussi parce qu’il y a des situations, des intentions qui sont indescriptibles.

• Justement vous disiez qu’il avait tendance à casser les scènes, notamment les scènes d’émotion pour pouvoir les aimer… Est-ce que vous pouvez expliquer ça ?

Je n’ai jamais compris cette théorie là de Vincent ! Quand je lui disait « Aujourd’hui on tourne telle et telle scène », il avait tendance à râler et dire « Pffff, film de meuf ! », il disait « Ah encore du sentimentalisme. », on en rigole maintenant, mais sur le moment c’est pas agréable, j’en avait mare.
J’ai tout gardé pour moi pendant le tournage, et puis après le tournage on s’est expliqués, et là il a ouvert son coeur et il m’a expliqué sa théorie comme quoi il a besoin de casser des scènes. C’est son caractère.

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• Et l’enjeu de l’histoire d’amour pour Tony, c’est comment ne pas se faire bouffer par Georgio ? C’est un peu la symbolique de l’affiche du film… Est-ce que c’était aussi le défi d’Emmanuelle Bercot en tant qu’actrice, de ne pas se faire manger par Vincent Cassel ? Est-ce qu’elle avait peur de ça ? 

Alors oui et non. Elle n’avait pas peur de se faire bouffer par lui, je pense qu’elle avait peur ; qu’il était tellement drôle et charismatique et plein de repartie, que tout d’un coup elle s’est rendue compte que sur le papier il y avait un salaud, mais en pellicule il y avait un mec qu’elle aimait. Elle me disait « Mais t’as pas peur que tout à coup le point de vue du film change ? »… Et ça d’ailleurs toute l’équipe me le disait, genre « T’es sure de ce que tu fais là ? ».

• Bon, Emmanuelle Bercot a quand même eu le prix d’interprétation à Cannes…

Oui ! Mais en fait c’était vraiment une volonté de ma part de laisser ce personnage-là briller, être au firmament de son humour, de son charisme… C’est l’histoire d’une fille qui ne comprend pas ce qu’elle fait dans les bras de cet homme, donc tout d’un coup la réalité rappelle la fiction, lui rend service je dirais même.
C’est aussi l’histoire d’une fille, d’une actrice en l’occurence qui ne sait aussi pas pourquoi je voulais faire le film avec elle. Donc tout ce qu’Emmanuelle ressentait, je me disais que ça allait servir au personnage, au film.

• Et quand est-ce qu’Emmanuelle Bercot a pu voir le film pour la première fois ? C’était à Cannes ? 

Non, c’était une semaine avant d’aller à Cannes je crois…

• Et c’était quoi sa première réaction quand elle s’est vue comme ça ? 

Elle était devant moi donc je n’ai pas regardé, mais elle pleure très facilement donc tout de suite j’ai senti qu’elle pleurait.
Elle m’a dit à la fin « Le pire c’est qu’on a envie qu’ils restent ensemble. ». Je crois qu’au fond c’est elle qui avait envie de rester avec Cassel !

• Et vous vous attendiez à ce prix d’interprétation ? Vous le voyiez venir à Cannes ? 

Ah non pas du tout !
Et la réaction de Vincent était très forte aussi quand il a vu le film. Comme j’avais l’habitude de le voir casser le film, toujours pressé, etc, je m’attendais à le voir complètement blindé sur ses émotions, et dire « Ah oui super, allez tchao, on s’appelle ! », et en fait je dirais même que c’est sa réaction à lui qui m’a le plus touchée parce que son coeur était à vif, il se retenait, il ne voulait pas parler, il était complètement paumé, et il m’a dit quelque chose de très personnel à ce moment là. Et c’était très beau.

• Par rapport au personnage de Louis Garrel, qui joue le frère de Tony, qui est un peu le Jiminy Cricket de l’histoire et qui apporte encore plus d’humour au film… Je crois que vous lui aviez déjà proposé un rôle dans Polisse ?

Oui, et il n’avait dit ni oui, ni non, donc au bout d’un moment il faut trancher !
Et là je suis revenue à la charge en pensant qu’il allait encore refuser. Je crois que je me suis carrément mise à genoux dans le restaurant pour qu’il accepte. Avec Louis c’est très dur… Une fois qu’il est sur le plateau ça va, mais avant c’est dur. Il ne se réveille pas le matin, il faut le secouer !

• Mais il avait peur de quoi concrètement ? 

Il avait aimé Polisse mais qu’il avait trouvé que par moments c’était un peu manichéen… Les méchants sont méchants, les gentils sont gentils, et je crois qu’il me l’a même formulé, il m’a dit « J’ai un peu peur du coté un peu catégorique », et c’est ça qui est génial avec lui, c’est qu’il ne va pas dire oui à un rôle, il va dire oui à un film. Il s’en fout un peu de ce qu’il a à jouer, il veut croire au film, ce qu’il veut c’est faire des films qu’il aime. Et du coup il discutait sur le contenu du film et pas du tout sur ses scènes ou ses personnages, et j’aime bien les gens qui sont passionnés comme ça et qui veulent faire de beaux films.

• Une dernière question ; vous faites tourner votre soeur Isild dans votre film, ça fait quoi de diriger sa propre soeur ? Est-ce que c’est mieux de travailler en famille ? 

Non, c’est un peu étrange, ça fait un peu une prolongation de nos rapports… C’est pas quelque chose de très agréable !

Les questions des spectateurs 

mon roi avp

• Combien de temps avez-vous mis pour imaginer cette histoire ? Et quelle a été votre inspiration ? Est-ce qu’elle est venue par observation de certaines choses que vous avez remarqué dans votre vie ?

Vous savez, l’inspiration c’est quelque chose d’assez mystérieux. Comme je vous le disais tout à l’heure, sur mes films d’avant il y a eu un jour ou j’ai eu un déclic, un coup de foudre. Là sur celui-ci c’était pas du tout pareil, je pensais retrouver un coup de foudre et je me suis rendue compte en fait que mes sens avaient évolués. Et du coup un jour je me suis dit que tout simplement il fallait peut-être chercher l’inspiration différemment qu’en ayant un coup de foudre. Et donc j’ai cherché dans mes rêves les plus fous quelles étaient les choses que j’avais envie de faire, et j’avais toujours ce film en tête qui était une histoire d’amour passionnelle. Mais ça, ça faisait 10 ans qu’il était là… Donc après, pendant 10 ans ça s’est nourri un peu inconsciemment.
C’était en tout cas le film que j’avais le plus envie de faire parce qu’il aurait dû être mon premier film, mais c’était aussi celui qui me faisait le plus peur parce que je pense que, ça parlait d’amour et que peut-être c’était deux personnes majeures et vaccinées qui sont consentantes et voilà…
Les films d’avant c’était de l’amour aussi, mais c’était un amour assez indiscutable, c’était les enfant, c’était la police… Or là, l’amour que ces deux gens vivent est complètement discutable.
Hier justement je faisais une masterclass et il y a une jeune fille qui a dit « Moi j’ai l’impression que Georgio il n’aime pas sa femme, qu’il n’est pas amoureux d’elle. », et bien je me suis permise de lui dire « Je pense que c’est une projection de vous, ce que vous êtes en train de me livrer »… Je pense qu’il y a 10 000 façons d’aimer et d’être aimer, je pense qu’il y a l’amour et il y a le bonheur, ces deux là ne se donnent pas toujours la main, quand c’est le cas c’est merveilleux, mais très souvent on rencontre des gens qui sont amoureux mais pas très heureux, et des gens heureux mais pas très amoureux… C’est un sujet qui me passionne et qui passionne plein de gens… C’est un sujet d’adulte en fait. Et peut être que les films que j’ai fait avant étaient des films un peu plus immatures, ou en tout cas qui parlaient d’une quête d’amour plus enfantine.
En fait je pense que peut-être que Georgio aime mal Tony, mais il l’aime ! C’est l’histoire de pleins de gens j’ai l’impression, parce que ce sont des gens qui ne sont pas fait pour être ensemble. Et c’est d’ailleurs ce qu’elle lui dit à la fin : « C’est ni toi ni moi le problème ; le problème c’est nous deux ensemble ».

• Vous dites que ce sont « les deux ensemble » qui ne fonctionne pas, mais par rapport au rôle de Georgio qui est assez tiraillé, est-ce que vous le caractériseriez de pervers narcissique, dénué de sentimentalité, d’émotions vis à vis de sa femme ? 

Vous savez, j’aime bien que les films ne m’appartiennent plus une fois que je les ai fait. Donc, il y a mes intentions à l’écriture, au tournage, etc ; mais une fois que c’est lancé, j’aime entendre les gens, savoir ce qu’il ont ressenti, ça m’évoque le même bonheur quand je lis un livre, c’est que chacun émet les images qu’il a envie d’émettre… Et bien j’aimerais que le cinéma ce soit pareil.
C’est votre ressenti qui compte en fait, pas ce que j’ai voulu dire. Il n’y a pas une vision dans un film, il y a la vision de chaque spectateur.
Donc, si vous pensez que c’est un pervers narcissique, et bien je ne peux pas aller à l’encontre de votre ressenti. Et puis de toute façon je pense qu’on est toujours le pervers de quelqu’un !
Mais « pervers narcissique » c’est presque devenu à la mode comme appellation, tellement que dès qu’il y a quelqu’un qui ne nous revient pas on dit « C’est un pervers narcissique ».
Je ne dirais pas qu’il y a une façon d’aimer qui soit plus noble qu’une autre, malheureusement on fait avec ce qu’on a !

Mon roi avp

• Pourquoi « Mon Roi » comme titre ? Et pourquoi pas « Mon Prince » ou n’importe quoi d’autre ? 

J’y ai pensé… Mais « mon roi » ça faisait écho à une scène au début du film, quand il dit « Je suis le roi des connards. ». Et puis dans « mon roi », il y a quand même une ambiguïté très très oppressante, c’est à dire qu’il y a un peu l’idée de la dictature, c’est un roi dans tous les sens du terme, il veut quand même tout contrôler, à la fin il devient presque fou… Le mot « roi » évoque ce malaise là. Alors que « mon prince » ça n’évoque que le prince charmant donc je trouvais ça trop plaqué, trop premier degré, ça ne me fait pas voyager comme titre.
Mais au début le film s’appelait « Rien ne sert de courir« … Vous voyez je suis partie de loin !

• Est-ce que c’était un choix de mettre Norman au casting ou est-ce qu’il vous a été imposé ou suggéré ? 

J’adore Norman, j’adore ce garçon, j’ai vu ses vidéos, mais j’ai juste été curieuse de voir ce qu’il pouvait faire dans un film « normal », de fiction. Je l’ai fait venir au casting, il était à table avec pleins d’autres comédiens, professionnels ou non, et ils ont passé les essais tous ensemble et je l’ai trouvé super !
Après quand j’ai dit que je voulais prendre Norman, bon déjà y’a tous les vieux producteurs qui ne savaient pas qui c’était, c’est toujours les stagiaires qui savaient qui c’est ! Et au départ les producteurs m’ont dit « Non il ne faut pas prendre cet acteur, il va faire tâche (dans le sens ou ce sera l’intrus), les gens ne vont pas comprendre. ».
Mais moi je pars du principe ou, si il y a quelqu’un qui me plait je vais le prendre, qu’il soit connu ou pas connu, acteur ou pas acteur, ça m’est égal, je prend les gens pour ce qu’ils sont et il était super, super gentil, il avait envie, donc voilà !

• J’ai l’impression que les personnages n’évoluent pas tant que ça sur une période d’une dizaine d’années, et je voulais savoir si c’était le but du film de montrer que quelque part ils tournent un peu en rond, et que peut-être après la fin du film il sont repartis pour un tour, que finalement il ne vont jamais lâcher l’affaire, jamais tourner la page ? Parce que j’ai le sentiment qu’elle le regarde à la fin toujours avec ce regard amoureux…

Alors je ne suis pas d’accord, je trouve qu’il y a une évolution dans le sens ou Tony ce n’est pas la même qu’au début du film, elle est quand même moins naïve, elle a compris à qui elle avait à faire, elle se laisse moins embobiner qu’au début  je trouve. C’est lui qui ne bouge pas en fait ! C’est lui qui est toujours à 50 ans, borné, avec son argent, ses amis, drogues, alcool, etc.
Quant au regard amoureux… Vous me parlez de vous là ! Je fais un peu la psy de comptoir, mais il y a des gens qui me disent « Oh ba non, elle ne l’aime plus, elle a de la tendresse mais c’est fini. Et lui il a l’air de l’aimer et de partir en colère. ». Vous savez cette fin, chacun y voit en fonction de son état émotionnel.

Mon avis après la projection : 

Mon roi Je crois que très honnêtement que c’est un des films Cannois qui m’a le plus séduit.
Quand on se retrouve devant cet écran noir, que la première image apparait, on ne se doute pas immédiatement que l’on va tomber dans une espèce de tourbillon qui nous engage corps et âme… Un tourbillon, c’est le seul mot, qui à mon sens, arrive à caractériser ce film, dans lequel on sent que Maïwenn a mis toutes ses tripes.
On a un mélange un peu fou d’amour, d’humour, de drame, de bonheur, de tristesse, de souffrances, de joies, de déceptions, de rêves… Quelque chose d’un peu dingue, certains diront même chaotique. Mais surtout, autant de choses qui éveillent votre esprit, qui vous font tourner la tête, et qui vous touche profondément, qui que vous soyez.
Parce que comme le disais la réalisatrice, au fond Mon Roi, c’est un peu l’histoire de tout le monde.
mon roi Cette idée du genoux je l’ai trouvée tout bonnement géniale, puisque c’est un peu le motif du film. Le genoux, seule articulation qui plie vers l’arrière, renvoi au passé… C’est la justification même des flashbacks de Tony alors qu’elle tente de soigner son genoux, et donc de se soigner de son passer.
Emmanuelle Bercot, parlons-en. Elle aura doublement marqué de sa griffe la dernière édition du Festival de Cannes, tout d’abord en présentant son film en tant que réalisatrice La Tête Haute qui avait été projeté en ouverture du festival, mais aussi, en remportant le prix d’interprétation féminine pour ce rôle dans Mon Roi. Quelque chose de rare, d’inattendu peut-être même, à l’image de l’actrice.
En 2014, j’avais donné à Xavier Dolan la primeur du discours qui m’avait le plus touché à Cannes.
Et cette année, c’était à cette femme, fragile et tremblante qui avait déclamée « Je veux dire à Maïwenn que ce prix récompense son audace, son sens aigu de la liberté, son anticonformisme. Après Polisse, elle pouvait viser les plus hautes sphères, avoir les plus grandes actrices… Et non, elle a choisi une inconnue de 46 ans pour être son actrice. Elle a cru en moi comme personne avant, elle m’a regardée comme personne avant. » et ajoutant que « La vie peut aller au-delà des rêves. ».
Une actrice qui donne de toute sa personne au travers des mots, c’est exactement ce que j’ai vu dans Mon Roi. Certes, apparement très (trop ?) cérébrale, mais au final tellement talentueuse. Certains la diront trop hystérique, trop poussée dans sa façon d’agir, de jouer… Moi je la vois ici tout simplement parfaite et humaine, bien qu’un tantinet troublante ; mais la question est : est-ce qu’à sa place on ne serait pas pire ? Je pense que si, et c’est ce qui donne à son personnage une telle force, une force un peu paradoxale car empreinte de fragilité, qu’elle a su jouer à la perfection !
mon roi Puis l’un des atouts charme du film : Vincent Cassel, l’éternel charismatique.
Alors lui, on aime ou on aime pas, il y a rarement des demies mesures. Personnellement, c’est un acteur que j’adore à cause de ce petit quelque chose qu’il dégage, en plus de son talent incontestable pour ceux qui se cochent dans la case « Pro » Cassel.
Certains diront qu’il s’agit là de son meilleurs rôle… Je ne suis pas loin de le penser également parce qu’il apparait à la fois tellement beau et tellement laid ; un personnage à double visage qu’on a envie d’aimer, puis de détester, d’embrasser puis de frapper.
Rien ne laisse à douter que seul un immense talent comme lui pouvait aborder le personnage de Georgio de cette manière !
MON ROI Et l’autre atout charme, évidemment, il s’agit de Louis Garrel.
J’ai l’impression de vous rabattre les oreilles avec lui ces dernières semaines, mais bon sang, il est juste excellent ce type !
Et après Les deux amis, son film dans lequel il montrait déjà qu’il était bourré d’humour et de talent, on le retrouve tout pareil dans Mon Roi campant le personnage de Solal, le frère de Tony.
Comme dit dans l’interview, c’est un peu le Jiminy Cricket de l’histoire, et c’est celui qui vous fera mourir de rire et auquel vous pourrez vous attacher sans scrupules, sans vous dire par la suite « Ah mais en fait c’est peut-être bien un connard celui-là. ».
C’est un peu le personnage fondamentalement bon de ce film ; celui qui a le recul nécessaire pour ne pas se laisser séduire, embobiner par Georgio. Bref, un peu cette image du frère qui est là pour sa soeur et qui donnerait tout pour elle, même tolérer un homme qu’il ne sent pas être très bon pour elle au final.mon roi Et puis il y a eu cette trame qui m’a un peu perturbée. Celle de l’ex petite amie, déprimée, et suicidaire, qui n’arrive pas à tourner la page et dont le seul rapport à la vie c’est Georgio.
Je crois que c’est cette partie-là du film du m’a le plus donnée envie de détester Georgio, vraiment de le haïr pour pouvoir laisser sans arrêt sa femme enceinte, afin d’en retrouver une autre, malade certes, mais qui n’a au fond besoin que d’une chose pour se soigner selon moi : ne plus le voir.
J’ai détesté cette façon qu’il avait d’entretenir ce mal-être – qui me semblait en fait un moyen pour lui d’être le centre du monde d’une personne de plus – en faisant passer ça pour un besoin d’aider quelqu’un qui était dans le mal par sa faute…
Mais là encore, comme le disais Maïwenn à la façon d’une psy de comptoir, je ne projète peut-être que ce que mon esprit souhaite voir 😉
Mon roiBref, j’ai juste envie de penser que ce film est beau. Ça peut paraitre un peu simpliste comme conclusion, mais qu’est ce qui pourrait être plus vrai ?
Toujours selon un point de vue qui ne peut-être autre qu’extrèmement personnel, comme l’a voulu Maïween, Mon Roi ne raconte pas une histoire triste, mais une histoire qui été heureuse. Avec ses hauts, ses bas, ses plaisirs, ses épreuves ; certes, mais tout de même quelque chose de très beau, même jusqu’à cette dernière scène, magnifique, presque calme après 10 ans de tumultes, et qui nous laisse chacun voguer vers ses suppositions… Vont-ils continuer chacun de leur coté ? Ou bien repartir pour 10 ans ?
C’est typiquement le genre de fin ouverte que j’ai tendance à détester en général, qui me frustre de manière indescriptible, mais qui LÀ me parait absolument géniale !

Voilà, je pense que tout est dit ! À vous maintenant d’aller vous faire une idée en salles, et d’avoir à votre tour votre ressenti sur ses personnages et sur cette histoire entre Tony et Georgio 😊
Le film sort officiellement le 21 Octobre prochain et vous pouvez déjà retrouver la bande-annonce ICI ainsi que quelques extraits ICI et  !

Alors et vous ? Vous vous laisserez tenter par Mon Roi ? Dites-moi si oui ou non en commentaires 😊

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Comments

  • BeautyEveryday

    Written on 17 octobre 2015

    Je commente mais je ne l’ai pas vu juste pour te dire que j’ai très envie de le voir ! de toute façon je rate très peu de film avec Vincent Cassel et la réalisatrice je l’aime beaucoup 🙂 je te dirais ça ! gros bisous <3

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    • myredcarpetbys

      Written on 17 octobre 2015

      Il sort le 21 Octobre donc tu as encore un peu de temps 😉 Hâte que tu me tienne au courant, je suis ure que tu l’aimera beaucoup !

      Des bisous ♥

      Répondre

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